Quelques Délires
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Voici quelques délires rédigés dans le seul but de s’amuser.
et j'espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que je n'en ai eu à les écrire....
 
   
 Petit Guide du Festivalier Débutant 
 
Les festivals de Blues sont des lieux très agréables et très conviviaux ou règne en général la sympathie et la bonne humeur. Dans le haut du palmarès de ces festivals, vous retrouverez systématiquement les festivals d’été qui allient les ingrédients précédemment cités avec les vacances le soleil, le short et les sandalettes. S’y fondre est un bonheur musical et humain qu’il faut conseiller à tous, mais chacun ne vivra pas cette expérience de la même manière suivant son niveau d’immersion. Pour tirer le meilleur parti de votre festival, il est donc important d’y reconnaître rapidement les différentes populations.


Les "festivaliers locaux", qui n’ont jamais écouté de Blues et qui ne savent pas ce qu’ils vont voir. Ils sont en général passé là par hasard, parce qu’ils n’avaient rien d’autre à faire en rentrant de la piscine ou en allant voir passer le tour de France. Ils ont en général l’air ébaubies de voir toute cette agitation autour de 4 grands-pères noirs. En général ils repartiront avant la fin par lassitude ou parce qu’il y a la rediffusion des meilleurs moments de la Starac, en se demandant bien pourquoi tant de monde est venu voir ce «Snoppy machin » que personne ne connaît. Il faut noter que cette catégorie regroupe aussi ceux qui ont obtenu des places gratuites grâce au comité d’entreprise de leur beau-frère, à la sœur de l’assistante du premier adjoint du maire ou par le décathlon du coin qui fait partie de 842 sponsors officiels de l’événement. Quel qu’en soit les sous catégories, le festivalier débutant et amateur de Blues ne trouvera aucun plaisir particulier à côtoyer cette catégorie de festivaliers. En dehors bien entendu, de quelques clubs de mannequins et autres écoles de danse, dont le côtoiement assidu peut en tous lieux et toutes circonstances s’avérer fort agréable mais qui nous éloigne ici du but premier de votre venue sur un festival.


Les "festivaliers occasionnels" représentent la seconde catégorie des festivaliers que vous aller rencontrer. Ce sont bien souvent des amateurs de Blues qui peuvent se séparer en deux catégories. Ceux qui ont enfin réussi à trouver 2 jours pour venir sur ce satané festival dont ils entendent parler en thermes fort élogieux depuis fort longtemps. Ils ont du batailler ferme au près de leur conjoint pour obtenir cette espace de liberté et ne pourront pas rester le dimanche sous peine de ne pas pouvoir revenir l’année suivante. De toute façon le conjoint leur organisera des vacances à l’autre bout de la terre l’année suivante à la même période. Avec un peu de chance ils arriveront à négocier 2 jours sur un autre festival. De toute façon c’est aussi bien puisqu’ils sont tombés sur l’année ou la programmation n’était pas géniale et depuis ça n’a pax été et s’améliorant. Au moins peuvent-ils après quelques années dire "j'y étais à la grande époque" quand on leur parle de n'importes quel festival.
Il y a aussi celui qui a enfin décidé de bloquer sa semaine pour venir profiter pleinement du festival. Parfois accompagné de sa femme, en général pour lui prouver qu’il est là pour la musique et pas pour draguer et jurera que les autres années, il n’avait absolument pas remarqué les membres du club de danse africaine local dont nous avons parlé précédemment. S’il n’est pas accompagné, le festivalier occasionnel profitera de tous les concerts, de 10h00 à Minuit non-stopp, cherchant à voir le maximum de musiciens, s’alimentant de sandwichs et chaussé d’une bonne paire de tennis afin de parcourir la ville de haut en bas plusieurs fois par jour. Malheureusement pour lui, il apprendra toujours le lendemain qu’il a raté un bœuf phénoménal avec 3 musiciens dont il n’a généralement jamais entendu parlé mais qu’il regrettera toute sa vie d’avoir raté ce jour là. Il regrettera aussi de ne pas avoir fini la soirée au café de la gare ou la star du jour est passer manger et à fait quelques notes au piano ou de n’avoir pas vu ce fabuleux pianiste dans les douves du château où il a été bien meilleur que sur la grande scène le soir. D’une manière générale, il finira le festival frustré de n’avoir pas été informé des bons plans hors programmation ou plutôt d’en avoir été informé trop tard. Bref il repartira frustré de ne pas être un festivalier professionnel.


Les "Festivaliers Professionnels" s’adonnent à ce sport depuis des années et ont vu des centaines de musiciens sur scène et certains même en dehors de la scène. Vous l’avez compris, nous avons à faire ici aux purs, aux durs, aux vrais, à ceux qui courent les festivals depuis leur création. Les amateurs professionnels, qui ne vivent que pour le Blues, qui respirent Blues qui écoutent le Blues, bref, qui sont le Blues. La première chose que l’on remarque chez le festivalier professionnel, c’est cette formidable capacité mémoire qui leur permet de vous annoncer l’air de rien, que la seconde guitare que l’on entend sur l’album du roi du style West side du nord des quartiers sud ne peut pas être le fameux maître de la slide en accordage standard puisque le jour de l’enregistrement il s’est fait arrêter en état d’ivresse à l’autre bout du pays en compagnie du frère du beau-père de la chanteuse qui avait fait les cœurs sur la seconde prise du plus grand standard de la région nord de l’ouest de l’état etc…. Inutile de vous préciser que c’est certainement vrai et qu’en général nous ne connaîtrez aucun des musiciens ou des lieux cités.


Il y a par mis cette bande de grands malades deux types de comportements courants :
- Les pessimistes, qui pensent qu’on n’a plus rien inventé depuis Muddy Wathers. Pour eux les jeunes groupes qui jouent traditionnel ne font que de copier leurs aimés et cela n’a aucun intérêt. Par contre si ce même jeune groupe essaye d’innover en incorporant d’autres styles ou d’autres manières d’aborder sa musique, l’amateur professionnel pessimiste vous expliquera que ce n’est plus du Blues et que ça n’a aucun intérêt. Bref pour lui, depuis les années 60, le Blues n’a plus d’intérêt. Pourtant, on continue à les voir partout ronchonnant sur la qualité du son, le manque de feeling de tout musicien de moins de 60 ans et ressassant la bonne vielle époque où c’était mieux. Notons que la qualité de la dite époque est inversement proportionnelle au nombre de personnes l’ayant connue.
- Les optimistes quant à eux, aiment tout (ou presque), ils trouvent toutes les nouvelles tendances super intéressantes. D’une façon générale, ils considèrent que c’est du Blues à partir du moment ou ils aiment ce qu’ils écoutent. Mettez les devant un groupe Folklorique Berrichon, pour peut que la poitrine opulente de la chanteuse leur rappelle Tata Jacqueline qu’ils avaient vue nue un soir d’été à La Baule quand ils étaient petits, pour peut que l’accordéoniste fasse les même mimiques buccales que Momo, leur copain de chambrée à l’internat à l’age des grandes découvertes, ou pire encore, pour peut qu’ils aiment vraiment la musique folklorique, ils vous expliqueront très sérieusement que ces chants, sous leur joie apparente cachent une grande détresse d’âme liée aux conditions de vie d’un autre siècle qui était le lot quotidien des Berrichons au siècle dernier et que, incontestablement il s’agit bien là de Blues. D’une forme de Blues détachée de ses racines américaines, libéré du carcan des 12 mesures et qui a su extrapoler la gamme pentatonique pour nous livrer son essence pure. Ce sont les mêmes que vous entendrez dire que le Flamenco est le Blues des Espagnols et que Piaf c’est le Blues français. J’attends avec impatience le jour ou l’un d’eux trouvera une Tata Jaqueline dans la dernière sélection de la StarAc.


Uniformément répartis à l’intérieur de ces deux groupes existent 2 catégories fort remarquables de Festivaliers Professionnels. Les journalistes de la presse spécialisée et les musiciens français invités par l’organisation. Il est en général assez simple de les différencier puisque ceux de la première catégorie recherchent inlassablement la compagnie des seconds qui bien entendu cherchent à les éviter. Et si toutefois un musicien invité par l'organisation fini par se faire bloquer à la terrasse d'un café, il vous suffira pour les différencier d'attendre de voir qui paye la note. Vous les verrez se livrer en public à de grandes accolades et d’interminables embrassades, ponctuées de « mon grand amis », « mon frère de Blues » et autres grandiloquences. En réalité leurs relations sont extrêmement complexes et basées sur l’inter nécessité. Le premier a besoin des disques du second pour alimenter ses colonnes, l’autre a besoin que l’on parle de lui. Le premier sera toujours très affable avec le second en espérant une information exclusive qu’il s’empressera de divulguer aux autres membres de sa corporation, même concurrents. C’est l’un des petits bonheurs des chroniqueurs, il appartient aux musiciens de savoir doser leurs scoops pour ne froisser personne. Ce dernier d’ailleurs joue ce jeu afin de s’attirer les bonnes grâces du premier, persuader qu’il obtiendra ainsi un traitement de faveur. Il est en général terrorisé à l’idée d’une mauvaise chronique de sa dernière démo, ou pire que personne n’en parle. Il se sent donc obligé d’embrasser, de congratuler bref de supporter.


Si vous souhaitez passer un bon festival, c’est avec cette double tribu qu’il vous faudra vos intégrer. Ce sont eux qui sont informés des événements exceptionnels or organisation qu’il ne faut pas rater, notons qu’ils en sont parfois les instigateurs. L’intégration n’est pas très difficile car ce sont souvent des gens qui aiment les relations humaines, surtout si elles sont houblonnées, mais il vous faudra montrer patte blanche.


Nous arrivons donc au but premier de ce guide, je vais essayer de vous donner les quelques conseils qui vous permettront de vous fondre dans les festivaliers professionnels et par-là même d’assister à ces moments rares.
La première chose importante sera de vous procurer un dossier de presse du Festival. Les informations qu’il contient n’ont rien d’exceptionnel mais elles seront amplement suffisantes pour vous permettre de participer à une conversation avec un festivalier professionnel qui souvent sera heureux de corriger les inexactitudes ou imprécisions. Ces dossiers sont réservés à la presse mais il vous sera aisé d’en trouver un. S’il vous en coûtera quelques bières, la subtilisation sera aisée car le professionnel s’y intéresse assez peu. En général il en sait bien plus sur les musiciens présents que ce qui figure dans le dossier et parfois même ce sont ses propres écrits qui ont servi à le constituer.


Muni de ce dossier et après l’avoir consulté, rendez vous aux stands de presse. N’hésitez pas à serrer la main aux exposants, présentez vous en ne donnant que votre prénom et engager la conversation en utilisant n’importe quel prétexte. Je vous conseillerai deux phrases qui feront mouche : « quels sont les plateaux que votre magazine conseille cette année » (bien entendu, vous aurez la subtilité de remplacer « votre magazine » par le nom du dit magazine) et « dans quel numéro est ce que vous parler de Big Jojo » (là aussi, vous remplacerez « Big Jojo » par le nom d’un des musiciens programmés). Si votre interlocuteur vous présente un de ses collègues, exclamez-vous « Haa Roger » comme si vous étiez heureux de faire enfin sa connaissance. Si cette méthode n’est pas forcément payante au premier contact, dites-vous que tous les autres exposants se demandent qui vous êtes, il vous suffit donc de reproduire la démarche sur les autres stands. Ne connaissant que votre prénom, ils se demanderont tous si vous n’êtes pas un collègue et s’ils ne sont pas en train de commettre une horrible gaffe en ne vous reconnaissant pas. L’un d’entre eux cherchera immanquablement à en savoir plus et autour d’une boisson quelconque, préférer quand même la bière, il vous cuisinera. Vous avez presque gagné, même s’il découvre que vous n’êtes qu’un simple amateur, le lien est établi, mais la partie la plus fine reste à jouer. Il vous faut maintenant être crédible, digne de confiance, suffisamment respectable pour être invité, pour faire partie du cercle des initiés. C’est maintenant que la lecture du dossier de presse s’avérera payante mais il faut être très prudent et surtout, surtout ne pas dire de mal de qui que ce soit. De toute façon votre interlocuteur en dira bien assez pour deux et supposera que vous ne le dites pas mais que vous n’en pensez pas moins. Il ne faudra pas non plus dire trop de bien. Affirmer votre admiration envers certains musiciens peut ruiner tous vos efforts en un instant. Ainsi, ne dites pas que vous aimez Eric Clapton, dites plutôt qu’il n’a pas fait que des mauvaises choses. Ne dites pas que vous aimez Popa Chubby, dites plutôt que certaines de ses extravagances ne sont pas inécoutables. Ne dites pas que vous n’aimez pas Jesus Volt, dites plutôt que leur mélange de style n’est pas encore à maturité. Ne dites pas que vous aimez le Blues Rock, dites plutôt que vous êtes arrivé au Blues grâce au Blues Rock et qu’a chaque fois c’est pour vous un retour nostalgique sur votre parcourt initiatique. Ne dites pas que vous n’avez pas aimé le concert de Snoky Pryor à Cognac en 2003, tout le monde s’apercevrait immédiatement de la supercherie. De toute façon, quel que soit le contenu de la conversation, n’attendez pas que les verres soient vides avant de payer votre tournée.


Si vous respectez ces consignes à la lettre vous serrez immanquablement adoubés dès le premier soir, toutefois, si vous ne vous sentez pas de taille à appliquer ces quelques préceptes, par timidité, asociabilité, fainéantise ou toute autre raison qui vous est propre, ne vous inquiétez pas, vous passerez quand même un bon festival.


initialement parru dans TRB N°14
 
 Pascal Lob 
   
 

 

 
   
 Petit Guide du Musicien Débutant (première partie) 
 
Il faut que les choses soient claires, ceci n’est absolument pas une méthode musicale quelconque. Il n’est absolument pas question de vous parler de technique instrumentale mais plutôt de vous aider à aborder votre futur en évitant les pièges couramment rencontrés. Vous souhaitez devenir musicien mais comment s'y prendre. Tout d’abord il vous faut choisir un style musical, Afin d’éviter toute dispersion, nous ne traiterons ici que des cas relevant de la musique Blues. Non pas que nous la trouvions plus intéressantes que les autres, (quoi que ! mais c’est autre sujet) mais plutôt de part l’objet du magazine dans lequel vous lisez cette chronique. Vous venez donc de décider de faire du Blues, il vous faut maintenant choisir un instrument. Généralement, le choix se fait selon sa sensibilité, le « Feeling » mais il y a quelques informations complémentaires qui vous seront bien utiles pour ce choix et en particulier le pouvoir attractif lié à la pratique d'un instrument, car a quoi bon faire de la musique si cela ne vous aide pas à séduire. Bien sur, tous les musiciens aboutis vous dirons que c’est avant tout un moyen d’expression, que ce n’a pas été pour eux un choix mais une nécessité, que c’est la musique elle même qui est importante et que seul sur une île déserte il joueraient encore. Sachez qu’ils mentent, ils ont tous fait de la musique pour séduire et ils ont bien fait, c’est efficace. Avant de continuer, je tiens ici et publiquement à m’adresser aux 4 musiciens qui lirons ces lignes et qui ne sont pas concernés par ces propos, veuillez m’excuser, mais la place me manque pour traiter les quelques cas particuliers qu’ils soient d’ordre pathologique ou psychiatrique.
Pour les filles, la situation est bien différente, d’une part il y a si peu de femmes sur scène qu’elles ont toutes de grandes chances de trouver un jeune et beau jeune homme qui connaîtra le chemin de leur Formule 1, mais en plus il y a si peu de femmes même dans le public que vous n’avez même pas besoin de jouer d’un instrument, il vous suffira de danser lascivement devant la scène, le chanteur finira immanquablement par vous y faire monter. Mais revenons à nos préoccupations premières et pour ce premier volet au choix de votre futur instrument.


Les Cuivres :
Généralement, ils ne font jamais complètement partie du groupe et ne participent aux concerts que dans le cas des grandes scènes, c’est à dire pas souvent. Notons que la notion de grande scène peut être très variable selon les groupes. Du fait de ne pas être complètement intégré à l’équipe, le cuivre en construit une amertume qui le pousse à créer son propre groupe. Malheureusement, sa considération dans le métier étant ce quelle est, il ne réussi le plus souvent qu’à créer une section de cuivre. Persuadé qu’il vient de créer une fanfare, il appellera ce groupe du nom de son village suivi de « Horns » au cas ou les gens les voyant avec un sax, une trompette et un trombone ne comprendraient pas qu’il s’agit de cuivres. Il faut savoir que les souffleurs ne sont pas réputés pour la qualité de leur conversation mais cela s’explique par la forte pression de l’air provoquée par les notes aigues qui finit immanquablement par provoquer des lésions. Vous remarquerez par exemple qu’un vieux saxophoniste fini toujours, sur les conseils de son médecin, par passer au baryton. Et le sexe me direz vous, le souffleur ne jouit pas d’une situation particulière en dehors du fait d’avoir été présent sur scène et devra finir le travail autour d’un verre. Situation périlleuse, car plus il aura effectué de solos, plus son capital séduction de départ sera important, mais plus son niveau de pression aura été élevé donc plus sa conversation sera navrante. Il n’arrivera donc à ses fins qu’avec quelques jeunes oies de nos campagnes qui n’ont pas cassé trois pattes à un canard, mais ce n’est pas grave, il n’y a pas de canards à amputer dans les Formule 1.
Pour les filles, la situation est bien différente, la pratique de l’instrument donne des lèvres pulpeuses et développe la cage thoracique, ce qui fait fantasmer tous les hommes sans exception.


La Batterie :
Là le choix sera fort difficile. Les batteurs sont systématiquement considérés comme des garçons gentils mais un peu lourds. Le genre de garçon révélant quelques difficultés intellectuelles assez semblables à celles rencontrés dans les villages reculés dont l’isolement à fini par aboutir à des mariages consanguins. Tout le monde vous dira « Ah le batteur ! oui ! on l’aime bien ». Cantonné derrière sa batterie, il n’occupe par définition jamais les avants postes, exception faite d’un éventuel solo en fin de soirée ou il peut faire ce qu’il veut vu que tout le monde est soul dans la salle. Malgré ce lourd handicap, au moment de compter fleurette, le batteur jouit d’une seconde facette de son image qui rééquilibre la balance, celle du bourrin infatigable. Il n’aura donc aucun effort à faire et sera généralement abordé par le club des célibataires-endurcies local dont le niveau hiérarchique dans l’organisation se mesure à leur appétit. Sa réputation intellectuelle évitera au batteur toute conversation inutile et il sera en général raccompagné par la présidente du club. Bien évidemment, les réputations étant toujours surfaites, il devra en cours de nuit, faire appel au chanteur pour le soutenir.
Pour les filles, la situation est délicate, l’opprobre est forte et difficile à lever. L’image du docker croisé à un bûcheron n’est pas des plus appétissante et les hommes attirés sont rares. C’est probablement le seul instrument que je déconseille aux femmes.


La basse :
Probablement le plus mystérieux des musiciens, le bassiste est généralement une personne calme et renfermée. Toujours aux arrières plans, on dit généralement que l’on remarque un bassiste uniquement quand il n’est pas là. Il est le seul à écouter sa ligne de basse et le seul à savoir ce qu’il apporte au groupe. Contrairement à ce que l’on pense, ce n’est pas leur timidité qui les laisse figé durant tout le concert mais la honte. En effet le bassiste est à ce point incapable de danser, ou bouger en jouant que lorsqu’il s’y risque les rares personnes qui le remarque sont persuadées qu’il écoute du Disco au casque. Coté idylle, par son coté timide, et sensible, le bassiste attire immanquablement les jeunes femmes délicates et romantiques. Malheureusement pour lui, ce genre de femmes, attendant encore le prince charmant tendre et attentionné, ne se donnent pas le premier soir. Les tournées font en général un soir par ville et vous remarquerez que les bassistes sont toujours très heureux de faire deux dates de suite dans la même ville.
Pour les femmes, c’est probablement un excellent choix. Tous les hommes présents rêveront de protéger ce petit oiseau fragile et fatigué qui sort de scène. Bien évidemment il est préférable d’avoir un physique correspondant à l’image et de supporter de se faire draguer par toute une salle de concert.


L’harmonica :
On assiste avec l’harmoniciste à un jeu de cache-cache bizarrement orchestré. Soliste et parfois leader, il se fera exagérément remarquer sur le devant de la scène, pourtant il cache à la fois ce qu’il fait et son visage derrière ses mains. Il donne l’impression de s’exposer en cherchant à se cacher ce qui lui vaut une réputation de fausse franchise, lié à des faux semblant associé à de la fausse modestie, bref de faux cul. Heureusement pour lui, l’harmoniciste ne se rendra jamais compte de cet état de fait car l’érosion liée au passage de l’air dans la cavité nasale fini immanquablement par atteindre l’organe situé juste derrière. Pourtant sa situation peut être enviable car tout ce qu’il ne montre pas de sa technique linguistique et buccale est systématiquement générateur de fantasmes et l’harmoniciste est en général le plus entouré des musiciens en sortant de scène.
Bien que je n’aie jamais eu l’occasion d’observer une femme harmoniciste, ni sur scène ni en dehors, je pense qu’elles doivent être, comme leur homologue mâle, adulées par les représentantes de la gente féminine.


Le piano :
En général jovial et souriant, le pianiste reste l’un des musiciens les plus prisés. Bien que la dextérité des ses mains et leur indépendance semblent susciter bien des attentions, il reste un musicien frustré. Obligé de rester assis derrière son instrument, il se morfond de ne pouvoir danser ou descendre dans la foule pour finir son solo et il en rêve. Cette souffrance, qu’il refoule sur scène, réapparaît dès que les projecteurs s’éteignent. Eternellement insatisfait, aucune prétendante au test de son agilité digitale n’aura grâce à ses yeux et il préférera passer sa nuit à retravailler les arrangements de ses prochains titres. Taraudé par cette situation, il s’acharnera à être le leader du groupe et ne supportera pas de se faire volé la vedette. C’est probablement lui qui a le plus de chance de faire une véritable carrière musicale, s’il ne finit pas sourd.
Coté féminin, le piano, mais surtout les mains d’une pianiste provoquent une attraction si forte que même les lèvres pulpeuses d’une souffleuse en seront occultées. La pianiste devra choisir très rapidement parmi ses prétendants si elle souhaite disposer de quelques instants de calme après le concert.


La guitare :
Nous avons à faire ici au seul instrument nécessitant un près requis incontournable. Le guitariste amateur devra obligatoirement disposer au préalable d’un ego démesuré. Il est en effet impossible de devenir guitariste sans être absolument convaincu d’être le meilleur. Dans le cas contraire, il finira invariablement à la basse, il deviendra alors un bassiste frustré ce qui n’arrangera rien à l’affaire. Avec le chanteur, seul le guitariste est capable de passer des heures à peaufiner son jeu de scène devant la glace de sa chambre et ceux, bien avant d’avoir appris à jouer la moindre note. De plus les réactions féminines à la simple énonciation du fait d’être guitariste ne feront que de le conforter dans cette sensation. Généralement lié à cet ego, on retrouvera un besoin déraisonné d’entendre des compliments, de se rassurer sur son statut de meilleur du monde. Du coup, le guitariste préférera finir sa soirée avec la plus flatteuse par le verbe plutôt que par l’esprit ou la plastique. La cote de popularité de l’instrument à beau être énorme, je conseillerai à chaque apprenti guitariste d’écrire une chanson d’amour en prenant bien soin de ne pas utiliser le prénom de la douce pour les rimes. Ainsi le prénom pourra être aisément remplacé et la chanson recyclée aussi souvent que vous le souhaiterez, j’ai même recensé des cas de réutilisations multiples dans une même journée, mais cela demande une très grande abnégation.
La guitare est probablement le seul instrument qui se décline exactement de la même manière au féminin et au masculin sauf qu’au féminin, vous n’aurez même pas besoin d'un minimum de talent pour emballer.


Le chant
Nous finirons cette petite revue avec le summum en matière de musique, le chanteur. Bien que l’absence d’instrument laisse envisager un abord plus aisé, le chant n’est bien évidemment pas à la portée de tous. En tout premier lieu, le chanteur à besoin de séduire, généralement on pourra attribuer cela à la petite enfance et plus particulièrement au regard que malgré le jeune age on a déjà compris plus qu’attendri, d’une tata Jacqueline lors de la fête de fin d’année en maternelle. Mais nous ne sommes pas là pour une consultation psychiatrique. Dans un second temps, et ce quelles que soient les paroles, il ne chante qu’une chose, « regardez comme je suis beau, est ce que tout le monde m’aime ». Contrairement au guitariste, il n’en est pas certain et éprouvera le besoin de s’en assuré en cherchant à séduire toutes les femmes sans exception présentent dans la salle. Malheureusement pour lui, elles le savent et s’en méfient. Seul son amitié avec le batteur, qu’il pense être le seul à ne pas pouvoir lui faire de l’ombre, lui sauve la mise de temps à autre. Le troisième et dernier point viendra d’une particularité physique, les cordes vocales. Il n’est bien sur pas nécessaire d’avoir une belle voix pour réussir, les exemples en sont nombreux, mais dans quelques cas extrêmes il est déconseillé de s’obstiner. Le chant est le seul cas ou vous pouvez faire confiance à l’avis de vos proches. Si vous n’avez pas d’amis, vérifier si votre baignoire se fissure, c’est un signe qui ne trompe pas.


Le chanteur possède cependant un atout supplémentaire, il peut associer le chant à un autre instrument.
Avec l’harmonica, étant obligé de retirer ses mains de sa bouche pour chanter, il perd une partie du mystère et de son succès. Comme il ne peut alors plus se cacher, vous remarquerez qu’il chante les yeux fermés un peu comme un petit enfant qui pense que lorsqu’il ne vous voie pas vous ne le voyez pas non plus. Si c’est touchant pour un enfant, pour un adulte au beau milieu d’une scène, c’est affligeant.
Bassiste chanteur et une association difficile et profondément incompatible. Hésitant entre timide et extraverti, entre le devant et l’arrière de la scène, le bassiste chanteur s’évertuera à séduire les femmes quand il est sur scène et à les éviter quand il en sort. Cette association est périlleuse et ne saurait être conseillée à un débutant. Toute tentative prématurée pouvant se solder par une autodestruction.
Les pianistes chanteurs disposent d’un pouvoir de séduction absolument incroyable, mais ils passent leur nuits à revoir les arrangements et leur journées à écrire les textes, le tout en essayant de se convaincre que c’est ce qu’ils ont de mieux à faire.
Les batteurs, chanteurs ne sont pas nombreux, ne pouvant pas demander d’aide, en général ils ne vivent pas vieux.
Le guitariste chanteur est la seule association relativement compatible au niveau comportemental du sujet mais il devient vite insupportable de suffisance et il est malgré tout difficile de trouver une âme sans méfiance et flatteuse.


Coté sexe faible, le chant associé ou nom à un autre instrument sera pour vous le succès assuré. Fluette, avec une voix de chat qu’on égorge, c’est la fragilité et la sensibilité à fleur de peau qui chavirera les cœurs. Généreuse à la voix puissante, c’est l’exubérance et la gouaille qui les ravira. Moyenne, avec une voix sans puissance et sans timbre, c’est votre coté madame tout le monde qu’ils sauront aimer. Bref dans tous les cas, les chanteuses seront au top de la séduction, et puis elles sont trop peu nombreuses pour que les hommes fassent les difficiles.


Voilà j’espère que ces quelques éclaircissement vous auront aidé dans ce premier choix au combien important. Dans notre prochain volet, nous aborderons les notions de base nécessaires à la création d‘un groupe.


Initialement paru dans TRB N°15.
 
 Pascal Lob 
   
 

 

 
   
 Petit Guide du Musicien Débutant (seconde partie) 
 
Bon, vous devez avoir eu le temps de choisir tranquillement votre instrument et de commencer votre apprentissage. Si tout c’est passé normalement, la moitié d’entre vous doit avoir choisi la guitare, un quart doit avoir choisi le chant et le quart qu’il reste se réparti sur les autres instruments. Rassurez-vous, un équilibre se rétablira lorsque la moitié des guitaristes finira par se rabattre sur la basse et que la moitié des chanteurs, de grés ou de force, se sera résigné à arrêter ou à passer sur un autre instrument. Parfois les proches ont des arguments qu’il faut bien finir par entendre.
Nous allons ici occulter la première partie de l’apprentissage qui ne présente que peut d’intérêt, sauf pour ceux qui se destinent à la transmission de ce savoir. Qui sait ? Peut être aurai-je le courage d’approfondir ce sujet un autre jour. Oublions donc les frustrations et les douleurs aux doigts pour les uns, aux lèvres pour les autres, de cette période plus ou moins longue pour arriver directement au moment ou vos proches vous demandent de leur montrer ce que vous savez faire.
Plusieurs situations sont possibles:
Si vous avez rabattu les oreilles de tout le monde avec votre instrument, le plaisir qu’il vous procure, l’extase du jeu, le bonheur d’exprimer son ressenti avec un bout de bois, de métal, de peau ou de toute autre matière qui pourrait avoir permis sa confection. Je n’ai volontairement pas cité le plastique car tout instrument constitué à partir de cette matière baisserait notablement votre niveau de crédibilité de départ. En général, ceux qui se reconnaîtront dans cette catégorie doivent être guitaristes. Sachez donc que votre entourage, heureux de trouver enfin un levier pour vous chambrer, vous attend au tournant. Cette première prestation sera donc difficile.
Si vous vous enfermez des heures durant dans votre chambre pour jouer au casque et que vos proches tambourinent à la porte pour que vous daignez passer à table avant la fin du repas, il y a de fortes chances, si c’est votre mère, qu’elle soit inquiète et veuille simplement vérifier qu’il ne s’agit pas d’un prétexte pour vous livrer à d’autres activités inavouables dont elle n’a encore pas réussi à trouver le début d’une trace. Si c’est votre petite amie, il y a de fortes chances qu’elle veuille voir cet objet qui vous soustrait à ses délicates attentions. Elle veut savoir, comprendre, trouver des points faibles pour pouvoir luter. De toute façon, elle ne sera pas tendre, attendez-vous à tous les coups bas. Si vous avez choisi la guitare ou le chant, votre ego risque de se faire malmener. Cette première prestation sera donc difficile.
Si vous jouez d’un instrument au volume sonore important, batterie, cuivres, guitare avec l’ampli à 12, il y a de fortes chances que vos proches souhaitent simplement faire comprendre à d’autres ce qu’ils endurent. Ils prendront donc bien soin d’attendre une réunion de famille ou entre amis, pour vous demander, en général à la fin d’un repas bien arrosé « Hey Jean jean, toi qui fait de musique, joue-nous un truc » Bien sur, et dans un souci d’amélioration de la compréhension, chacun prendra soin de remplacer JeanJean par son propre prénom. Certains diront que cette remarque n’était pas nécessaire, mais ils ont sans doute oublié qu’il y a des batteurs à qui une âme charitable pourrait lire ces lignes. Pressé par l’assistance, vous serez aculé et l’instigateur (trice) de cette situation attendra ensuite la compassion des convives.
Bref dans tous les cas, cette première prestation sera difficile.
Vous êtes installé dans un coin du salon, au bout d’une table encombrée et tout le monde vous attend au coin du bois, sauf peut être tata Jaquelyne mais nous ne reviendrons pas sur cet épisode déstabilisant du regard d’une tata à l’age ou le corps change. Surtout si ce changement a été rapide après un regard appuyé dans le décolleté de la dite tata.
Les plus malins d’entre vous passeront cette épreuve les yeux fermés. Cela vous donnera un air inspiré qui limite les quolibets et vous évitera de surprendre les sourires en coin ou pire, de tomber sur les jambes croisées un peu trop haut de tata Jaquelyne. Quelques suicidaires choisiront peut être de jouer le dernier morceau qu’ils ont travaillé et qui passait si bien l’après-midi même. Quelques pointilleux reprendrons 25 fois l’intro jusqu'à ce quelle soit parfaite et que tout le monde se soit endormi. Au bord du malaise, les inquiets découvrirons le plaisir de jouer en tremblant de tout leur corps. Mais dans tous les cas, soyez certain d’une chose, vous êtes le seul ce jour là à être capable de comprendre l’étendue des dégâts, malheureusement tout a votre euphorie du moment, vous serez convaincu que les félicitations et les encouragements que vous entendez sont sincères. Je ne passerai pas en revue ici la liste des commentaires que vous pourrez entendre mais je ne résiste pas à citer celui de tata Jaquelyne, qui est probablement la seule à vouloir sincèrement vous encourager mais qui vous assénera la phrase la plus destructrice qu’il vous sera jamais donné d’entendre : « hey ça ressemble quand même ! ». Bien évidemment, les guitaristes auront aussi le droit a LA question incontournable : « tu sais jouer Jeux Interdits ? ». Sachez que la réponse n’a aucune importance et que la question reviendra dans toutes les soirées du même type que les plus téméraires d’entre vous auront l’occasion de refaire. Profitez en, c’est à cette période que vous pourrez multiplier les conquêtes à satiété. C’est probablement de toutes les personnes ayant connu cette période et n’ayant pas persévéré que vient le mythe du musicien séducteur.
Normalement, a ce stade de votre apprentissage, c’est à dire après quelques soirées familiales ou entre amis ou vous aurez exposé vos talents et commencé à y prendre goût, vous viendra l’idée d’augmenter votre auditoire, de subjuguer de parfaits inconnus par votre talent et votre expressivité, bref d’aller frimer sur scène.
En dehors de quelques fondus qui tenteront l’expérience seul, votre première démarche sera de rechercher d’autres musiciens pour monter un groupe. La première idée sera de vous tourner vers vos amis ou même les amis de vos amis afin de trouver les éléments de base de ce projet. Vous trouverez sans difficultés des guitaristes, finirez par convaincre l’un d’eux de prendre la basse, le premier bûcheron passant dans le coin sera réquisitionné derrière les fûts et l’un de vos meilleurs amis prendra le chant. N’ayant pas été choisi pour ses qualités vocales et ne pouvant être viré du groupe à cause de ses qualités humaines, il finira sonorisateur et sera en plus chargé de l’approvisionnement en bière. Evitez tout de même les amis aux quels vous tenez vraiment, car vous finirez immanquablement fâchés. Si vous n’avez pas d’amis, il vous reste la solution des annonces. En général se sont aussi des gens sans amis qui y répondent comme ça vous n’aurez même pas à faire d’effort pour nouer des liens avec eux et pourrez par la suite vous fâcher sans regrets. Dans les deux cas, ne leur dites pas que vous voulez jouer du Blues cela facilitera les choses. Après quelques répétions, ils finiront par s’y faire. Il y a même quelques bassistes de groupes en pointe à qui on n’a toujours rien dit.
Vous avez donc trouvé quelques personnes prêtes à se joindre à vous. Il faut donc organiser une première entrevue musicale. En général le bassiste travaille en quart et n’est disponible qu’une semaine sur deux, le guitariste fait du tir à l’arc le samedi après midi, le batteur joue déjà dans deux autres groupes et répète tous les soirs, la voix du chanteur lui interdit chanter le matin et le pianiste joue dans un orchestre de thé dansant le dimanche après midi. Soyez heureux, vous venez de découvrir l’activité principale du musicien, faire coïncider les plannings.
De toute façon, il vous faut avant tout trouver un endroit pour répéter. C’est en général là que les choses se compliquent. La cave est le local de prédilection, elle offre l’avantage d’être facilement agencée mais vous ne pourrez pas y laisser le matériel. Généralement, le propriétaire des lieux l’utilise comme atelier de ferronnerie, de menuiserie de mécanique ou toute autre activité salissante, odorante et parfaitement incompatible avec le stockage d’amplis à lampes et autres haut-parleurs. Si vous avez la chance que l’endroit vous soit dédié, l’humidité ne vous permettra pas d’y laisser le matériel. Malheureusement, c’est une réalité que vous comprendrez après avoir vu gonfler le bois des fûts de batterie, pourrir et se craqueler les membranes des haut-parleurs et moisir les circuits électroniques des amplis. Les heureux possesseurs d’amplis à lampes auront la chance de le comprendre plus rapidement que les autres. Le garage ne vous offrira pas plus de satisfactions puisqu’il faudra tout démonter pour pouvoir rentrer la voiture. De toute façon vous n’aurez jamais suffisamment confiance et la solidité de la porte pour y laisser votre matériel. Pour ceux qui ont la chance d’habiter à la campagne, la grange du voisin fera très bien l’affaire dans un premier temps, mais n’entreprenez aucuns travaux. Vous serez toujours tenté d’isoler pour pouvoir retirer les moufles l’hiver, d’assainir pour ne plus puer le moisi pendant 2 jour après chaque répétition et surtout d’insonoriser pour pouvoir élargir les plages horaires. Sachez que quels que soient les travaux que vous entreprendrez, dès la fin de ces derniers, le propriétaire des lieux souhaitera récupérer l’endroit. Si vous vous rebellez, il vous demandera alors de reprendre vos coupons de moquettes maculés de bière renversée, vos tapis élimés et autres boites d’œuf que vous aurez eu tant de mal à récupérer, mis tant de soin à installer et parfois même à peindre. Ne garder pas ces parures dans un coin pour en équiper le prochain local, car il vous faudra attendre de vous être résigné à tout jeter pour trouver un nouvel endroit. Il vous faudra en général décorer de la sorte plusieurs lieux avant de vous résigner à louer à la soirée un de ces locaux équiper qui fleurissent un peu partout depuis quelques années. Vous découvrirez alors le plaisir de jouer sur un ampli basse accompagné d’un réacteur d’avion, d’utiliser une sono dont l’un au moins des haut-parleurs est crevé, de chanter dans un micro dont la grille a conservé les reliefs des sandwichs au pâté du groupe de la semaine précédente, de taper sur une batterie sur laquelle les vis grippées interdisent tout réglage et de quand même finir par apporter l’ampli guitare qu’il faut être deux à sortir du coffre de la voiture. Dans tous les cas, le guitariste ne sera jamais satisfait du son, le groupe de Trash Metal jouant dans la pièce à coté vous empêchera de vous entendre sur les morceaux lents et votre ami larsen se sera invité à la fête et vous aura détruit un tympan.
Si ces détails d’ordre matériel n’ont pas eu raison de votre enthousiasme, la bière et autres substances rigolatoires auront suffisamment aboli votre jugement et vous serez en général assez satisfait d’avoir massacré « Hey Joe », « Sweet Home Chicago », « Mustang sally », « Mojo Workin », « Dust My Brown » et autres « Hoochie Coochie men » qui forment le répertoire de base.
Pour les plus persévérants, qui auront vu passer trois Stevie Ray à la guitare, quatre chanteurs de la starac, cinq bassistes fainéants qui n’ont toujours pas compris la structure des quatre titres du répertoire après 25 répet et qui auront fini par redresser les doigts du pianiste à coup de marteau, viendra le jour de la première piste d’engagement. La fête de la musique dans le bar du village, l’anniversaire de tata Jaquelyne ou la beuverie de fin d’année à la fac vous donneront l’échéance avant laquelle le chanteur devra avoir appris les textes, chose qu’il ne fera d’ailleurs pas et il finira en Yaourt comme en répet, le bassiste devra avoir acheté un ampli, chose qu’il ne fera d’ailleurs pas et se fera prêter une boite noire au son pourri dont il sera le seul à être satisfait et qu’il envisagera de racheter, le guitariste devra changer ses cordes, chose qu’il fera mais qui ne l’empêchera pas d’en casser trois sur les deux premiers morceaux, le pianiste devra changer ses câbles, chose qu’il ne fera pas et il agrémentera le concert de crachotis incessants enfin le batteur devrait apprendre à jouer mais là vous vous êtes résigné. Il reste le plus difficile et le plus important pour cette échéance, le groupe devra avoir trouvé un nom.
C’est une chose difficile car le nom du groupe doit être chantant, facile à retenir, il doit refléter l’ambiance musicale mais surtout refléter l’esprit du groupe et c’est la que les Athéniens s’attendaient. En général, vous jouerez comme ça, pour le plaisir, sans esprit particulier et vous allez passer des heures à caractériser votre démarche musicale, à conceptualiser votre approche de l’art et à vous remplir de bière, ou de toute autre substance permettant de détruire les parcelles de discernement qu’il vous reste. Vous penserez probablement qu’étant français, un nom français coule de source. « Les copains d’en face » sonnant trop nouvelle chanson française, « Abjection » trop Hard Rock, « point net » trop impersonnel, « bonne nuit les poules » pas assez sérieux, « les sybarites » trop profiteur, « pentatonique » trop technique, même si « pentatonique mineure » est plus doux, mais « mineur » donne une connotation d’infériorité, bref après deux heures à ce régime, l’un d’entre vous proposera immanquablement de voir ce que donnent les initiales des membres mélangées. Après avoir écarté les « Pajéfapa » et autres « sjerinobla » vous vous direz qu’en plus, si vous ajouter un sax le nom n’aura plus de sens. En général, arrivé à ce point de la soirée chacun aura absorbé trop de houblon, de malt ou de raisin pour que des propositions suivantes sorte une quelconque bonne idée. Vous vous rabattrez donc vers un nom anglais. Quelqu’un proposera forcément « les Rollin Stones » et immédiatement après « les pierres qui roulent » ou « les n’amassent pas mousse » suivant la qualité de la moquette. Puis d’un coup l’idée lumineuse apparaîtra, le titre du premier morceau que vous aurez joué ensembles. C’est ainsi que 8785 groupes doivent s’appeler « Mojo truc » « Mustang Blues Band » « Sweet Blues Men » ou « Sweet Mustang Mojo Men » quoi que ce dernier soit plus rare. Je vous rassure tout de suite, vous ne trouverez aucun nom qui fera l’unanimité et finirez par opter pour la moins mauvaise idée et vous consolerez en disant que c’est votre musique qui compte et qu’après tout, il y a des tas de groupes qui ont réussi avec des noms encore plus nul que le vôtre. Les plus persévérants y passeront plusieurs soirées pour un résultat qui ne sera pas meilleur. Les plus mégalos choisiront de prendre leur nom du style «Jean Jean Blues Band » ou « Jean Jean et les Sidemen ».
Vous êtes donc maintenant fin prêt à courir vers d’autres aventures scéniques. Je ne vous souhaite pas bon courage, car si vous êtes arrivé à lire jusqu’ici c’est que vous n’en manquez pas, bonne chance serait trop restrictif puisque seul très peu d’entre vous en bénéficieront, je me rabattrai donc sur bonne route, puisque vous risquez de bouffer un paquet de kilomètres à courir les bars. Penser aussi à faire un bilan de santé, car il vous faudra un estomac solide pour supporter les tournées et je ne vous parle pas du foie, mais nous touchons ici à un autre domaine que je me refuse à développer maintenant.


Initialement paru dans TRB N°16
 
 Pascal Lob